Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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Un monde fragile, très fragile...

mpOC | Posté le 2 mars

Billet bimestriel - mars-avril 2020.

Cela fait des décennies que les objecteurs de croissance clament que nos sociétés doivent ralentir, qu’elles doivent réduire leur consommation d’hydrocarbures d’origine fossile, que l’on doit arrêter de considérer le PIB comme une vache sacrée qu’il faut sans cesse engraisser. Résultat ? Des succès d’estime de plus en plus marqués, des prises de conscience d’un plus grand nombre de personnes mais, hélas, au plan pratique, rien de probant. Au contraire, le pied sur l’accélérateur, ceux qui ont le contrôle de la marche du monde hurlent « Croissance ! Croissance, Croissance !... »


Un monde fragile, très fragile...

Et voilà : ce que n’ont pas réussi à faire tous ces militants et intellos bien intentionnés, un petit virus mal intentionné le réalise en quelques semaines. Surgi d’une province chinoise inconnue, de son petit nom Covid-19, un micro-organisme de la famille des coronavirus démontre que le monde globalisé, où l’on dédie chaque région à des activités économiques toujours plus spécialisées, est certes efficace dans l’optique utilitariste et économiciste, mais d’une fragilité redoutable. Ces circuits interdépendants à l’échelle planétaire, au-delà d’induire une consommation effrayante d’énergie pour les transports, sont d’une totale vulnérabilité face à des chocs globaux imprévus, comme le développent aussi Philippe Lamberts et Olivier De Schutter sur La Libre et Alain Adriaens sur POUR.

Et le choc est là... Face à une grave menace sanitaire, le modèle économique néolibéral est confronté à un dilemme impossible. Soit il aurait dû couper une partie du commerce et du tourisme internationaux pour tenter de confiner le virus à la Chine, soit il acceptait que des millions de gens soient contaminés. Il n’a pas vraiment choisi et l’on aura, hélas, sans doute les deux : une crise économique et une pandémie...À la radio publique, certains, par contre, ont vite fait leur choix : sur Matin première (2h45’) où la chaîne publique (qu’il critique) lui offre une tribune hebdomadaire, Corentin de Salle, le directeur du Centre d’étude Jean Gol du MR, a assené : « la proximité des Européens avec les germes épidémiques a été un atout [qui leur a permis d’éliminer les autres civilisations par le fer et le virus et donc] notre exposition aux virus est le prix à payer pour ce qui, historiquement, a assuré notre progrès technologique et notre prospérité. » ! (sic).
On se trouve finalement dans une situation du type de celle que décrivent les collapsologues : la logique productiviste dominante, patiemment construite depuis deux siècles, est incapable de virer de cap assez rapidement pour faire face aux urgences environnementales, sociales et anthropologiques ou..., preuve ces jours-ci, sanitaires.

Faire face avec dignité

La crise redoutée semble se confirmer : baisse de 25% des cours du pétrole (la demande s’effondre, bonne nouvelle pour les émissions de CO2, ça...), les bourses dévissent (la pénurie de pièces produites par la main d’œuvre à bon marché de Chine va paralyser bien des multinationales)... La course entre la propagation du virus et les traitements efficaces (et disponibles à prix accessibles au niveau mondial) est entamée. On ne sait qui va l’emporter, mais on n’échappera pas à des moments très difficiles. C’est le moment de rappeler que, contrairement à ce qu’essaient de faire croire les partisans de la compétition entre tous et chacun et inversement, les sociétés qui s’en tirent le mieux en cas de crise brutale sont celles qui font le plus preuve de solidarités en leur sein : relire Darwin, Kropotkine (L’Entraide) et nos amis collapsologues (L’entraide, l’autre loi de la jungle).

Et, puisque l’humour est la politesse du désespoir, une demande à nos dirigeants « bien-aimés » : supprimer les lois (en Belgique celle du 1.6.2011 visant à interdire le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage ) visant les méchantes islamistes : sinon, on va tous se retrouver délinquants, voire en prison...

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