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Coronavirus : premières leçons d’un début de pandémie

mpOC | Posté le 24 mars

Par Alain Adriaens, porte-parole du mpOC, le 9 mars 2020

Depuis début mars 2020, l’épidémie à Coronavirus a largement débarqué en France et en Belgique et les médias, officiels ou officieux, sont en effervescence. On entend tout et son contraire, et parfois même ce qu’on a pu appeler des « coronneries ». Tentons de voir aussi que clair que possible dans cette problématique suscitant bien de polémiques. Quels sont les faits avérés et les perspectives qui sont, elles, souvent très subjectives.

Arrêt sur image le 8 mars 2020

Pour ce qui est des faits, la source la plus complète à laquelle vont s’abreuver tous ceux qui essaient de s’informer objectivement est la carte et les chiffres du « Coronavirus COVID-19 Global Cases by Johns Hopkins CSSE » mis à jour très régulièrement par l’hôpital qui dépend de l’université de Baltimore aux USA. Même s’ils dépendent des infos provenant des dizaines de pays touchés (parfois peu transparents) et de l’OMS, leurs chiffres sont les plus fiables. Que disent des chiffres à ce jour ? 115 pays touchés, 110.148 personnes infectées, 3.826 décès et 62.370 personnes guéries. On a donc bien affaire à une pandémie que l’OMS a déclaré être extrêmement inquiétante.

Evolution de la contamination

La question que chacun se pose est : «  Est-ce que la contamination va arriver "chez nous" et quelle proportion de la population sera affectée ? ». Pour répondre à cette question je m’appuierai sur des graphiques repris du blog de Paul Jorion vers lequel convergent souvent des infos précieuses et des commentaires intelligents.

On constate que pour la France comme pour la Belgique, l’augmentation du nombre de personnes infectées est très rapide, prenant dans un premier temps la forme d’une exponentielle. Le démarrage de l’épidémie proprement dit est décalé d’une semaine (26 février en France et 2 mars en Belgique) mais on assiste à un même scénario qui est d’ailleurs identique à ce que l’on a observé en Chine et en Italie qui furent en Asie et en Europe, les deux pays les premiers touchés. Une courbe de type exponentiel dans un premier temps et ensuite une augmentation plus linéaire.

C’est en s’appuyant sur ces deux « précurseurs » que sont Chine et Italie que, toujours sur le blog de Paul Jorion, Alexis Toulet a tenté de réaliser une prévision à moyen terme de l’évolution du nombre de personnes contaminées. Constatant que le taux moyen de croissance de l’épidémie était de de 21% par jour en Chine (hypothèse dite optimiste, avec mesures de confinement très strictes) et de 33% par jour en Italie (avec des mesures moins drastiques dans un pays à la logique moins autoritaire ou collective). En appliquant ces deux taux à la situation connue en France le 5 mars, il dressait le tableau ci-contre, ce qui l’amenait à conclure qu’il serait très difficile de tenir les élections municipales des 15 et 22 mars où l’on pourrait compter plusieurs dizaines de milliers de malades. Observons que les deux projections donnaient, pour le 9 mars, 908 ou 1.325 malades et que le chiffre réellement observé est de 1.209 personnes infectées (les mesures adoptées par les autorités françaises sont donc plus proches de celles de l’Italie que de celles de la Chine – qui aurait pu en douter ?).

Est-ce grave docteur ?

Les polémiques auxquelles on assiste notamment dans les médias portent sur la gravité de l’affection et donc de savoir quelle proportion des personnes infectées vont-elles en mourir. Certains disent que c’est à peine plus grave que la grippe dite « saisonnière » (car elle revient chaque année en ayant quelque peu muté). D’autres disent que le Covid-19 est bien plus dangereux. Allons voir ce que donnent les recensions du Johns Hopkins Center et ce pour les pays ayant un nombre suffisant de malades pour apporter des chiffres significatifs, ce lundi 9 mars à 10h00.

Le taux global de mortalité est donc à ce jour de 3,47%. Il est fortement influencé par le taux chinois où se trouvent encore aujourd’hui la majorité des personnes malades (près de 2 mois d’avance). Les disparités de taux de décès sont étonnantes et peuvent s’expliquer de différentes manières : sous-estimation des personnes infectées (détection insuffisante...), sous-estimation du nombre de décès (personnes très malades mais... pas encore mortes), chiffres manipulés par les autorités... Ainsi, selon certaines sources le chiffre élevé aux États-Unis s’expliquerait par le système de santé libéral qui fait que les « grippés » hésitent à se faire diagnostiquer vu le coût élevé de l’analyse à leur charge (quand une épidémie révèle les défauts d’un système à la sécurité sociale défaillante...).

Pour ce qui est de la comparaison entre grippe saisonnière et Covid-19, il est clair que ce dernier virus est beaucoup plus dangereux. Certes, la grippe saisonnière fait de 290.000 à 650.000 décès par an selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Covid-19 « seulement » près de 4.000 décès à ce jour mais on n’est qu’au tout début d’une épidémie en pleine croissance. D’ailleurs, le CDC (Center for Desease Center) de Chine fournit un graphique comparatif qui, s’il est exact, est très effrayant (ci-contre). Pour les deux affections, les personnes âgées sont clairement le plus menacées mais le Covid-19 est au minimum 25 fois plus agressif.

Impacts socio-économiques

Il semblait évident que l’arrêt d’une bonne partie de « l’usine du monde » qu’est devenue la Chine allait avoir un impact économique fort lourd. Et pourtant, les indices boursiers ont longtemps pas mal résisté et ce n’est que ces derniers jours que les baisses se sont accélérées. Peut-être une preuve de plus de la déconnection entre le monde de la finance et les réalités du terrain économique.

C’est sans doute l’écroulement du prix du pétrole qui a été le facteur déclenchant. Déjà, la baisse de la demande chinoise était nette mais les fermetures de plus en plus de liaisons aériennes mettaient le prix du pétrole sous pression. Et ce vendredi, la réunion, des pays producteur a été une très mauvaise nouvelle : au lieu d’être solidaires ; ils se sont divisés et chacun poursuit des objectifs égoïstes : l’Arabie Saoudite veut étrangler les producteurs de pétrole de schiste américains qui, il est vrai, ont aujourd’hui un prix de revient supérieur au prix de vente. Sans les crédits qu’ils accumulent, ils devraient être en faillite. Peut-être est-ce de là que jaillira l’éclatement de la bulle d’une dette qui s’étendra à l’ensemble de l’économie ? En tout cas, ce lundi 9 mars 2020, le krach pétrolier a été énorme : –25% de baisse en un jour et prix divisé par 2 en un mois et demi ! (graphique ci-contre) Les automobilistes seront ravis : le prix à la pompe va baisser (espérons qu’ils n’en profiteront pas pour rouler plus : effet rebond) mais d’autres impacts seront plus négatifs, notamment dans les pays producteurs.

Examen de conscience

Si, comme on peut le craindre, la pandémie mondiale du coronavirus s’étend et s’approfondit, des choix cornéliens se poseront à toutes les sociétés. Déjà, dans les zones les plus infectées, on suspend les activités dont l’impact économique n’est pas trop lourd (écoles, spectacles, matches sportifs, cultes...) mais nos pays, toujours obsédés par la croissance économique, parviendront-ils à avoir le courage de prendre des mesures aussi fortes qu’en Chine où les entreprises et les transports publics ont fermé durant de longues périodes. Il apparaît d’ailleurs que la propagation du virus est fortement ralentie dans ce pays d’où il a surgi il y a près de 3 mois. Il faudra toutefois veiller à maintenir les activités essentielles pour la population : les circuits courts d’alimentation, les soins de santé, l’aide aux plus fragiles, notamment les personnes âgées... On croirait presque entendre un programme politique d’écosocialistes. Une fois de plus, constatera-t-on qu’une crise de grande ampleur forcera à réfléchir aux priorités et aux valeurs essentielles qu’il convient de défendre quand des choix vitaux s’imposent. Et vérifiera-t-on ce qu’on ce que Darwin, Kropotkine et les collapsologues ont toujours dit : les groupes humains (ici les nations) qui s’en sortent le mieux, en cas de crise, sont ceux qui, en leur sein, font preuve du plus de solidarité...

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